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Les mots de Nicolas Sarkozy [mercredi 7 mai 2008]
Les mots de Nicolas Sarkozy
Louis-Jean Calvet et Jean Véronis
Seuil
"Les historiens et les sociologues mettront sans doute longtemps à décrypter les raisons profondes de la victoire de Nicolas Sarkozy, mais le langage, nous en sommes convaincus, a joué un rôle décisif dans son triomphe", écrivent en introduction les auteurs, professeurs de linguistique et d’informatique. Ils ont analysé les mots du nouveau président de la République, à travers ses discours (plus de 300), entre 2004 et 2007, “sorte de coupe géologique (...) des discours politiques dans le cadre d’une élection présidentielle”. Les outils informatiques ont mis en évidence la simplicité de son langage. Phrases courtes, répétitions omniprésentes, abus d’anaphores (procédé se répétant de discours en discours, un thème chassant l’autre), efficacité rhétorique. Un vocabulaire verbal et limité : quand un Jean-Marie Le Pen utilise 514 mots différents sur 1 000 utilisés, on tombe à 428 pour les discours rédigés par Henri Guaino. Car les mots de Nicolas Sarkozy sont plutôt ceux de sa plume principale, qui fut aussi employée par Jacques Chirac pour sa campagne de 1995 : "Il avait inspiré le thème de la "fracture sociale" et soufflé cette formule à Jacques Chirac (inventée par Marcel Gauchet, elle avait été reprise par Emmanuel Todd)", rappellent les auteurs. S’il n’est pas l’inventeur de la "rupture tranquille", Henri Guaino a été cette fois décisif, au point que les auteurs avaient pensé sous-titrer leur opus “Le ventriloque et sa poupée” ! Son influence va devenir importante à partir du discours-charnière du 14 janvier, "qui marque un tournant décisif dans son vocabulaire et sa rhétorique". Répétition du fameux "j’ai changé", utilisation du pronom "je", autre constante. Un discours hold-up des références de gauche, qui, "par effet de vases communicants, a littéralement vidé de leur contenu celui des autres candidats”.
176 pages, 16 euros.