La vie politique

François Fillon - AFP

François Fillon - AFP

02/09/2008
Matignon
François Fillon fait sa rentrée en affirmant son rôle
François Fillon a signé sa rentrée politique en prenant le contre-pied de sa ministre de l'économie sur une éventuelle réforme de l'ISF et en soulignant son autorité sur les ministres, quitte à rappeler à l'ordre ceux d'entre eux qui se targuent d'une relation directe avec l'Elysée.

Le chef du gouvernement, qui faisait sa rentrée médiatique lundi matin sur Europe 1, a exclu de toucher à l'impôt sur la fortune (ISF) --réforme dont sa ministre de l'Economie, Christine Lagarde, avait évoqué la possibilité le matin même dans La Tribune--, avant d'exiger plus de discrétion des ministres favoris de Nicolas Sarkozy.
Il réagissait à l'annonce que le président recevrait lundi, sans lui, l'équipe de sept ministres déjà réunie à quatre reprises avant l'été. Information donnée par plusieurs de ces ministres eux-mêmes.
"Le président de la République reçoit qui il veut, le Premier ministre reçoit qui il veut, ce que je conseille simplement à ceux qui se rendent à ces rendez-vous, c'est d'éviter de leur donner une trop grande publicité, parce que ce n'est pas sain pour le fonctionnement du gouvernement", a lancé M. Fillon.
"Quand je vois le président de la République, je ne convoque pas les journalistes pour l'expliquer", a-t-il poursuivi, en rappelant que ces ministres "n'échappent pas à l'autorité du Premier ministre, notamment dans les arbitrages budgétaires".
Questionné en juin sur ces mêmes réunions, François Fillon avait éludé. Si cette fois il a tapé du poing sur la table, insiste son entourage, c'est "par souci de la cohésion du gouvernement".
Matignon nie en revanche que le Premier ministre ait désavoué Mme Lagarde sur l'ISF, et reproche plutôt aux médias d'avoir monté en épingle les propos de la ministre.
"Christine Lagarde n'a aucunement préconisé une réforme de l'ISF", estime un proche de M. Fillon, et s'il a dû intervenir, c'est parce qu'"on ne pouvait pas laisser se développer l'idée". D'où sa mise au point énergique: "il n'y a pas de réforme de l'ISF à l'ordre du jour (...) on n'ira pas plus loin".
"Chacun doit être à sa place. Mon métier à moi, c'est de faire des propositions; et le patron de l'équipe, le capitaine du bateau, tient la barre et décide d'aller dans telle ou telle direction", a réagi lundi soir sur LCI Mme Lagarde, s'inclinant devant la primauté du chef de gouvernement.

Les ministres reçus un par un à Matignon pour évaluer l'efficacité de leur action

Matignon a enfin fait savoir lundi que François Fillon recevrait individuellement chaque membre du gouvernement dans les dix jours pour évaluer l'efficacité de leur action. La ministre de la Culture, Christine Albanel, a inauguré ces entretiens lundi matin.
"Ce n'est pas une évaluation des ministres", s'est empressé d'expliquer l'entourage de M. Fillon. Le "point" effectué n'en est pas moins très complet: "suivi de la mise en oeuvre de la lettre de mission", mais aussi "sur les réformes mises en oeuvre dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques".
Chaque entretien comprend aussi un chapitre plus politique sur "les perspectives d'action" du ministre dans les "prochains semestres".
Le Premier ministre a enfin insisté à la radio sur sa forme physique retrouvée, après un mal de dos qui l'avait gêné de longues semaines.
Peut-être est-il conforté par des sondages à la hausse. Et si Nicolas Sarkozy connaît une embellie similaire, sa popularité reste à la traîne de celle de son Premier ministre, de 8 à 11 points selon les trois dernières enquêtes publiées.