Il est des questions auxquelles on n’échappe pas. Prenez un présentateur de journal télévisé. "Comment choisit-on les informations ?" "Y a-t-il une dictature de l’audimat ?" "Déjeunez-vous avec des hommes politiques ?" Figure de proue du 20 heures de France 2 depuis sept ans, David Pujadas a entrepris un travail pédagogique à l’adresse de son public. Il répond donc aux interrogations les plus ingénues – non, le présentateur n’arrive pas à son bureau à 19 h 30 – comme aux plus accusatrices. Les anecdotes qui font le quotidien de l’homme-tronc laissent place à une réflexion sur les travers de l’info télévisée… et sur la difficulté qu’il y a parfois à les combattre.
La question posée dans le titre, celle de l’indépendance, n’est réellement abordée qu’à mi-parcours. Frilosité, pour ne pas dire connivence d’un directeur de chaîne – comment Patrick Le Lay a censuré un reportage à charge sur Bernard Tapie –, flatterie d’un homme politique juste avant d’être interviewé à l’antenne – Nicolas Sarkozy en campagne –, ministre menaçant de faire des annonces à la concurrence s’il ne passe pas au 20 heures… Oui, les pressions existent, "amicales ou comminatoires, flatteuses ou (plus rarement) menaçantes, directes ou à trois bandes". Mais, soutient David Pujadas, "la liberté de ton ou de contenu est l’affaire des journalistes eux-mêmes." À ce sujet, l’auteur ne fait pas l’économie de l’autocritique. Souvent collective : lors de l’épisode dit de la cassette Méry, "aucune chaîne n’a pris l’initiative d’être celle par laquelle le scandale arrive". Parfois personnelle, lorsque Pujadas revient sur "son" affaire Juppé : "J’ai mis des jours à comprendre comment j’avais manqué de discernement." Car plus que de réelles ou supposées pressions venant d’en haut, la menace qui pèse le plus sur le travail des journalistes télé est celle de leur propre manque de vigilance.
Flammarion, 284 pages, 21 euros.
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Acteurs publics # 62