Économie - Social

03/06/2008
Pénibilité
Le rapport qui relance le débat
Le député des Yvelines Jean-Frédéric Poisson estime que les entreprises ne doivent pas être les seules à payer pour compenser la pénibilité de certaines tâches.

Il fallait bien un rapport parlementaire pour ranimer une négociation enlisée depuis trois ans. Si elles ne sont pas franchement nouvelles, les propositions sur la pénibilité du travail faites par Jean-Frédéric Poisson (UMP) ont le mérite de forcer les syndicats et le patronat à se repositionner sur la question. Xavier Bertrand a promis que l’État interviendrait en l’absence d’accord et que les entreprises seraient mises à contribution… et pas seulement les entreprises si les recommandations du député sont suivies. La définition retenue renvoie la collectivité à ses responsabilités. La pénibilité serait "le résultat de sollicitations physiques ou psychiques qui, soit en raison de leur nature, soit en raison de la demande sociale, sont excessives en regard de la physiologie humaine et laissent, à ce titre, des traces durables, identifiables et irréversibles sur la santé et l’espérance de vie d’un travailleur". Le député cite par exemple le travail de nuit, qui selon lui est imposé par la "demande sociale de notre pays", justifiant que les entreprises ne soient pas considérées comme seules responsables. Conséquence : les salariés dont la carrière aura été reconnue comme pénible pourraient bénéficier d’un "droit à une réduction de leur temps de travail jusqu’à leur départ en retraite", sans baisse de salaire, le tout financé par les entreprises et les comptes publics. Moue des syndicats qui rejettent catégoriquement un point : pour prétendre à ces compensations, le salarié devra passer devant une "commission médicale", car "c’est la santé qui est prioritaire, et non le statut", selon le député. "C’est reproduire le dispositif déjà existant de l’invalidité", déplore Jean-Louis Malys (CFDT) qui dénonce la reprise d’une proposition du patronat…