Lu pour vous

Canal Sarkozy

03/06/2009
Frédéric Gerschel et Renaud Saint-Cricq
Canal Sarkozy

Cette enquête de deux journalistes du Parisien, Frédéric Gerschel et Renaud Saint-Cricq, dépeint un président de la République pourvu d’une conception passéiste de la télévision et obsédé par le lien charnel qu’il a noué avec elle : un véritable "canal Sarkozy". Cette analyse sans concession met en lumière un "élyséen dynamiteur des programmes" qui n’a de cesse de brocarder "la ghettoïsation de la culture sur France Télévisions". Armé de la suppression de la publicité, le Président veut y substituer "sa télé idéale". "Celle qui pourrait promouvoir sa « politique de civilisation » au quotidien", susceptible d’"alléger l’humeur maussade de ses électeurs". "Nostalgique de la télévision des années 70, Nicolas Sarkozy rêve de ces grandes soirées familiales passées devant le mythique Au théâtre ce soir. Il est persuadé qu’il faut y revenir, que le genre a un avenir cathodique."
Un rêve car le PAF d’aujourd’hui n’a plus rien avoir avec celui d’antan, vierge de tout intérêt mercantile. À cet égard, les auteurs rappellent que le financement de cette réforme n’est assuré que pour trois ans et notent que "la taxe de 3% sur les recettes publicitaires des chaînes privées a déjà été revue à la baisse". Moins conceptuel, les auteurs racontent les tentatives de déstabilisation et les recrutements que le Président tente d’imposer au duo Carolis-Duhamel. De la vieille gloire de la télévision au fils d’une grande star française, Nicolas Sarkozy a ses préférences et le fait savoir. "Il n’est pas question que Nicolas Sarkozy délaisse le média sur lequel il a adossé sa carrière politique". Quitte à jouer avec les nerfs de Patrick de Carolis, lequel, épuisé après un énième oukase élyséen, finira par lâcher au Président : "On en a ras-le-bol. Tu ne te rends pas compte dans quelle situation on est. Tu nous tapes dessus sans arrêt. On fait sûrement des conneries mais ça ne vaut pas tout ça."
Flammarion, 330 pages, 20 euros.