Présidence de l'UE

04/06/2008
Présidence française de l'UE
Des espoirs et des écueils
Le 1er juillet débute la Présidence française de l’Union européenne, minutieusement préparée depuis son élection par Nicolas Sarkozy. Une présidence aux ambitions limitées par l’impératif de la ratification du Traité de Lisbonne.

Dans la foulée de son élection, Nicolas Sarkozy avait tenté de pratiquer en Europe ce qui lui avait réussi en France : faire de la politique. Cela avait irrité les capitales européennes, à l’exemple de la libération spectaculaire des infirmières bulgares ou de ses sorties sur la gouvernance économique de la BCE. "Heureusement pour lui, il a un démineur qui s’appelle Jean-Pierre Jouyet, dit le député socialiste européen Henri Weber. La préparation de la présidence française a été faite très sérieusement." Un compliment rare, de la part d’un socialiste peu amène envers le chef de l’État.

Volontarisme

Rarement Présidence de l’Union aura été aussi soigneusement préparée. Peut-être parce que c’est la dernière présidence tournante, la douzième depuis 1957 – le traité dit "simplifié", s’il est ratifié, institue une présidence fixe du Conseil européen, élue pour deux ans et demi, renouvelable une fois – Paris a eu tous les égards pour ses partenaires. Une Présidence qui coïncide aussi avec la période de ratification du traité de Lisbonne. Rarement la France aura eu tant de considérations pour les institutions européennes. À peine investi, le 23 mai 2007, le président de la République a été rendre visite à la Commission. Puis il a reçu tous les présidents de groupes du Parlement européen, et son président, Hans-Gert Pöttering. "Nos partenaires ont apprécié", dit le président de la fondation Robert Schuman, Jean-Dominique Giuliani, qui vient de faire paraître un ouvrage sur Nicolas Sarkozy, Un Européen très pressé (Éditions du Moment).

Nouvelle ère

Selon lui, la phrase "la France est de retour en Europe", prononcée le soir même de son élection à la salle Gaveau, n’est pas qu’un slogan. "C’est l’expression d’une volonté. Il appartient à cette nouvelle génération d’hommes politiques pour qui l’Europe fait partie du cadre politique et juridique dans lequel on doit agir." La préparation de la présidence "a dépassé ce à quoi nous étions habitués, puisque c’est tout le gouvernement qui a été mobilisé pour essayer de faire avancer les dossiers qui sont sur la table, et au passage, communiquer en France sur l’Europe. Le Président a envie que nous tournions définitivement la page du "non" de 2005." Jean-Dominique Giuliani rappelle l’engagement de Nicolas Sarkozy en Europe centrale, sa volonté de rompre avec l’ère Chirac, notamment lorsqu’il martèle la phrase "il n’y a pas les pays qui ont le droit de parler et d’autres qui n’ont que le droit de se taire". Allusion aux remontrances du précédent Président lors du déclenchement du conflit en Irak.

Cours d’anglais

De nombreux colloques, séminaires et conférences seront organisés partout en France, durant ce second semestre 2008, pour communiquer sur les enjeux de la présidence. Afin de la préparer dans ses moindres détails, Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, et Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’État aux Affaires européennes, se sont rendus dans les 26 autres États membres. Les ministres ont été contraints de faire de même, et de se montrer plus assidus que d’habitude – ce n’était pas difficile – aux Conseils. Certains se sont même mis à l’anglais ! Un secrétariat général de la Présidence française a été créé – dépendant du Premier ministre– pour mettre en œuvre, en liaison avec le SGAE et le gouvernement, les événements, réunions et manifestations relevant de la Présidence française. Le programme des dossiers à l’ordre du jour a été placé "sous le signe de la protection des citoyens européens". Un programme ambitieux, même si Nicolas Sarkozy a dû en rabattre. La méfiance de Berlin a transformé le projet Union méditerranéenne en relance du processus de Barcelone, forum de coopération euroméditerranéen embourbé depuis son lancement, en 1995. Pour les quatre grands dossiers mis sur la table, les ambitions sont aussi limitées. Dossier prioritaire : "relever le défi climatique et énergétique". L’objectif étant de trouver une position commune qui permettrait à l’Union d’être en mesure de peser lors de la grande conférence internationale de Copenhague en décembre 2009 sur le climat. Le contexte international tendu sur le marché pétrolier et les blocages européens sur le nucléaire ne faciliteront pas la tâche.

Rien qui ne fâche

Le contexte international – la crise alimentaire – pèsera aussi sur le bilan de santé de la Pac, qui est le bilan d’étape de la réforme de 2003, et qui doit préparer l’après 2013. Sur la mise en place d’une défense européenne, la situation sera bloquée en attendant que prenne place le nouveau locataire de la Maison Blanche. Si quelque chose doit être signé à l’issue de cette Présidence française, ce sera le "Pacte européen sur l’immigration et l’asile", fruit du travail intensif réalisé en amont par Brice Hortefeux. Si la modestie est de mise, c’est que rien ne doit empêcher, comme le rappelle Alain Lamassoure, la ratification du Traité de Lisbonne. Toutes les questions qui divisent seront remisées. Il ne faut pas fâcher les Irlandais, qui ratifient par référendum le 12 juin. Mais aussi les pays qui ont choisi de ratifier par voie parlementaire à l’automne, en pleine Présidence française, comme la Suède, les Pays-Bas ou la République Tchèque.

 

Pour aller plus loin : comment le Parlement va accompagner la présidence française de l'UE.

 

190 millions d’euros de budget

Le gouvernement a évalué le coût de la Présidence française de l’Union européenne à 190 millions d’euros. 90 millions seront ainsi consacrés aux rendez-vous institutionnels habituels de toute présidence, avec deux conseils européens, neuf sommets avec les pays tiers et 35 conseils des ministres européens. 80 millions d’euros seront dédiés aux manifestations organisées par la France pour célébrer et accompagner cette présidence. Enfin, les 20 millions d’euros restants serviront en grande partie à financer les activités et le fonctionnement du secrétariat général de la Présidence française créé auprès du Premier ministre.