09/02/2010
Caroline Fourest
La Dernière Utopie

Consacrée en 1948 par la Déclaration universelle des droits de l’Homme, la belle notion d’universalisme a du plomb dans l’aile. "Un tel texte ne serait plus possible aujourd’hui", pose d’emblée la journaliste et essayiste Caroline Fourest. Le multiculturalisme, exaltation du droit à la différence, gagne du terrain, occasionnant maintes dérives communautaristes : remises en cause de la mixité dans les services publics, stigmatisation des individus ne se pliant pas à la "règle" religieuse, etc. Pas simple de concilier ces exigences différentialistes avec celles de la laïcité. Et pourtant, insiste l’auteure, "la question du juste équilibre à trouver entre valeurs communes et libertés individuelles apparaît comme l’un des plus grands défis contemporains".

Quatre ans après La Tentation obscurantiste, Caroline Fourest poursuit sa croisade contre "l’intolérance religieuse" et défend dans cet ouvrage abondamment documenté le modèle de "l’intégration laïque" qui lui est cher. Elle rappelle les fondements du modèle français et en souligne les avantages à la lumière des spécificités anglo-saxonnes, et notamment de l’expérience canadienne des "accommodements raisonnables" où l’on tente, parfois à grand peine, de satisfaire les desiderata des minorités sans porter atteinte aux valeurs communes et à l’intérêt général. Comme lorsque la Cour suprême canadienne autorise, au nom de la liberté de religion, le port d’un poignard sikh aux élèves de cette confession dans les établissements scolaires…

Sur la question du voile intégral – autre bel exemple du conflit entre les idéaux multiculturaliste et universaliste – abordée en fin d’ouvrage, la position de l’auteure s’avère plus nuancée que ce que l’on attendait de la part d’une féministe laïciste aussi engagée : "Sans aller jusqu’à une loi nationale, qui prendrait le risque d’ouvrir une brèche dans les libertés publiques, le voile intégral peut être réglementé à la marge. Encore faut-il préciser que ce règlement n’interviendrait pas au nom de la laïcité, de la féminité ou d’un modèle vestimentaire imposé, mais au nom de l’ordre public et de la sécurité." Une petite pierre à l’édifice d’une grande utopie ?

Grasset, 290 pages, 20,90 euros.