Patrick Rambaud est à la littérature ce que la ligne claire est à la bande dessinée : une épure, une pointe sèche précise, concise, efficace, qui découvre les faits, les sentiments et les rend tout à coup accessibles, visibles, compréhensibles. L’écrivain qui avait régalé le lecteur dans un premier opus en 2008 remet le couvert pour une deuxième chronique haute en couleurs.
À la manière de La Bruyère, de Saint-Simon ou de Chateaubriand, il croque la vie des grands de ce monde, leurs manies, leurs travers, leurs grandiloquentes déclarations, leurs piètres réalisations, et mesure le tout à l’aune d’un peuple, souvent plus infortuné et déçu que gâté et enjoué.
Comme il se doit, on retrouve les personnages du premier tome, toujours affublés du titre idoine : le cardinal de Guéant, le chevalier d’Arcos, la baronne d’Ati, le grossier du Bigard, le tzar Wladimir…
Avec un art consommé du calembour, du comique de situation et de l’analyse politique, Patrick Rambaud pointe les dysfonctionnements du système et de l’homme Sarkozy qui "tente de nettoyer les erreurs publiques par une dose de vie privée", qui "crée l’illusion de sa puissance", qui croit que son mariage "lui donnerait une stabilité, laquelle était le commencement de la stature"…
Volontiers piquant, un brin offensant, souvent virulent mais jamais insultant, notre Victor Hugo des Temps modernes retrace l’année écoulée, de la visite de "Mouammar le Cruel" à la crise mondiale de la finance, profitant de sa plume alerte pour glisser quelques détails parfois croustillants sur "Notre Compulsive Grandeur", qu’il juge narcissique et désinvolte.
Et si le rythme de ses invectives vient à s’essouffler au fil des pages, il n’en reste pas moins que Patrick Rambaud s’affirme comme un vrai peintre des mœurs et un réel pasticheur. Le premier ouvrage avait été remarqué. Celui-ci est remarquable. Vivement le troisième. Grasset, 180 pages, 13,50 euros
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Acteurs publics # 62