Lu pour vous

Belle-Amie

Belle-Amie

18/02/2009
Michaël Darmon et Yves Derai
Belle-Amie

Débarquée de Chalon-sur-Saône dans l’indifférence, après un passage place Beauvau, Rachida Dati finira son ascension place Vendôme, sous les ors de la République, grâce à un charme, un culot et un entregent sans égaux. Un parcours semblable à celui du Bel-Ami de Maupassant que retracent, à coups de révélations et de témoignages, les deux journalistes Michaël Darmon et Yves Derai.

Ce qui a éclaté aux visages des auteurs ? "C’est la peur que suscite Rachida Dati au sommet de la hiérarchie administrative et politique." Trois directeurs de cabinet remerciés en moins de deux ans, dix-huit collaborateurs remplacés, des chargés de com’ malmenés… Au sein du gouvernement aussi, Rachida Dati ne s’est pas fait que des amis. Hormis peut-être Nathalie Kosciusko-Morizet, avec qui elle forme un "G2", réponse au fameux cénacle ministériel (le G7) dont elles sont exclues.

Adoubée par Nicolas Sarkozy sur conseil de son ex-femme Cécilia, Rachida Dati voit sa cote de confiance s’éroder au fil du temps. Elle est ainsi écartée de la liste des personnalités invitées aux déplacements présidentiels à l’étranger. Un mauvais signe. Le coup de massue tombe le 19 septembre 2008, lorsque Nicolas Sarkozy lâche : "Elle ferait mieux de travailler, on parle plus de sa grossesse que de la politique pénale."

Plus intéressée par la lecture de la presse people que par les dossiers juridiques, la garde des Sceaux disparaît peu à peu avec l’époque "bling-bling" du Président, jusqu’à être désavouée "pour son inaptitude au pouvoir et son incapacité à formuler une idée de la justice", ou "à travailler en équipe". La réforme des institutions, la récidive, la carte judiciaire auront donné des sueurs froides à son cabinet, mais aussi à l’Élysée, comme le racontent les auteurs. Mais bien que tombée en disgrâce, "la garde des Sceaux demeure un animal politique hors du commun".

Éditions du Moment, 184 pages, 16,50 euros.