Lu pour vous

20/05/2008
De battre, ma gauche s'est arrêtée

Exercice de saison au PS, le livre de Jean-Paul Huchon se veut une contribution au débat que les socialistes engageront à la rentrée, et un plaidoyer pour un “logiciel nouveau acceptant la réalité de notre monde mondialisé”.

Un de plus. Soutien déçu de Dominique Strauss-Kahn, il a modérément apprécié sa nomination au FMI à l'instigation de Nicolas Sarkozy. “Situation pour le moins ambiguë. Même s'il ne se retrouve pas ministre, Dominique est sans doute la plus belle prise de guerre du nouveau président, son plus beau coup politique aussi, puisqu'il éloigne son plus redoutable adversaire des rivages électifs.”

Jean-Paul Huchon fait partie des nombreux dirigeants socialistes qui n'ont pas digéré la campagne de Ségolène Royal, “madone improbable”, dont il fustige les “thématiques étranges” comme les “propos incantatoires”. Se sentant trahi par les journalistes, “avides de changements à la tête du PS”, qui ont favorisé l'"aventure personnelle" de la candidate, le Président de la région Île-de-France garde un goût amer de la campagne interne socialiste, victoire à la Pyrrhus qui a laissé un PS perclus de fatigue et aux lignes de fractures ouvertes.
Ce sont ces dernières qu'il compte réduire, prenant en exemple la stratégie de conquête du pouvoir de Nicolas Sarkozy, précédée d'un “travail idéologique important”. Pour Jean-Paul Huchon, ce travail idéologique n'a qu'un but : que le Parti socialiste rompe avec “une pensée morte”, trop à gauche, et assume le positionnement plus centriste, qu'il pratique au pouvoir.

L'ancien lieutenant de Michel Rocard, qui avoue se sentir plus proche de François Bayrou que d'Henri Emmanuelli ou de Jean-Luc Mélenchon, voudrait “théoriser” la conversion de son parti à l'économie de marché : “Nous sommes devenus des sociaux-démocrates sans le dire”.
Conversations avec Denis Jeambar
Jean-Paul Huchon, Seuil, 182 pages, 17 euros.