20/05/2009
Jacques Delors et Michel Dollé
Investir dans le social

"L’État providence est en crise" : c’est sur ce constat que s’ouvre le livre de Jacques Delors et Michel Dollé. Face à cela, l’ancien président de la Commission européenne et l’économiste (ex-secrétaire général du commissariat au Plan) proposent une "synthèse politique" de l’État social. Objectif : ne pas abandonner le principe de solidarité dans une société marquée par l’individualisme.

Technique, analytique et dense, cet ouvrage passe au crible les politiques de l’emploi, de la formation ou de la famille. Les auteurs dissèquent les logiques et le fonctionnement de nos dispositifs en comparaison avec les expériences étrangères. Par exemple en montrant que la logique actuelle de l’assurance chômage bénéficie plus aux demandeurs les plus proches de l’emploi qu’aux personnes les plus fragiles.
Entre flexibilité et sécurité, Workfare et Welfare, les auteurs imaginent pour l’État providence un redéploiement qui ne rime pas avec démantèlement, et jettent les bases d’un modèle plus juste. Non pas en chargeant "la barque déjà trop lourde des prélèvements sociaux et fiscaux", mais en repensant l’action de l’État pour qu’il réponde aux défis actuels. "L’État d’investissement social" qu’ils appellent de leurs vœux agit en "améliorant les capacités individuelles ou collectives conduisant au meilleur emploi" et s’attaque aux "racines mêmes des inégalités en visant l’égalité des capacités".

Parmi les pistes explorées, figurent ainsi la création d’un service public de l’enfance accessible dès 10-12 ans ou la réorganisation du système éducatif, qui doit plus se tourner vers l’acquisition de compétences que vers l’enseignement de connaissances. Très riche, l’ouvrage veut démontrer que "faire du social", c’est d’abord investir à long terme. En période de crise, ses auteurs seront-ils entendus ?

Odile Jacob, 286 pages, 23 euros.