Nicolas Sarkozy - AFP
Sitôt confirmées les lourdes pertes subies lundi par l'armée française lors de combats avec les talibans, le chef de l'Etat, qui termine ses derniers jours de vacances dans le sud-est de la France, a annoncé qu'il se rendrait immédiatement en Afghanistan.
Le président de la République a décollé mardi vers 23h10 de l'aéroport de Nice, et devait arriver à Kaboul mercredi vers 8H00 locales (3h30 GMT). Il était accompagné du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner et du ministre de la Défense Hervé Morin.
S'il a reconnu que la France avait été "durement frappée", M. Sarkozy a tenu à assurer que cet épisode ne la détournerait pas de "son combat contre le terrorisme".
"Ma détermination est intacte. La France est résolue à poursuivre la lutte contre le terrorisme, pour la démocratie et la liberté", a assuré le président. "La cause est juste, c'est l'honneur de la France et de ses armées de la défendre", a-t-il ajouté.
Un engagement en Afghanistan très critiqué
Répondant à l'appel insistant des Américains, le chef de l'Etat avait annoncé en avril, lors du sommet de l'Otan à Bucarest, l'envoi en Afghanistan d'un bataillon supplémentaire de 700 soldats français, dont les effectifs actuels en Afghanistan tournent autour de 3.000 hommes.
Cette décision a suscité les critiques de l'opposition de gauche, qui avait déposé à l'Assemblée nationale une motion de censure contre l'"alignement" de Paris sur Washington.
En défendant ce texte en avril, le patron du PS François Hollande avait dénoncé le risque "d'enlisement" et "d'engrenage" à Kaboul.
Son collègue des Verts Noël Mamère avait lui estimé que la "guerre" en Afghanistan n'était "pas gagnable parce que ses méthodes, ses objectifs, son contenu sont entièrement dirigés à partir des orientations de guerre préventive voulues par George Bush".
Malgré ces critiques, Nicolas Sarkozy a de nouveau justifié le mois dernier sa "décision stratégique" et "mûrement réfléchie" de renforcer le contingent français en recevant à l'Elysée le candidat démocrate à l'élection
présidentielle américaine Barack Obama. Pour lui, cette décision doit permettre "que le Moyen-Age ne revienne pas en Afghanistan".
Comme Nicolas Sarkozy, le Premier ministre François Fillon et le ministre des Affaires étrangères ont tenu, malgré l'émotion suscitée par l'annonce de ces premières pertes françaises depuis l'envoi des renforts, à justifier la politique de la France.
M. Fillon a salué "le courage de nos soldats engagés, aux côtés de nos alliés, dans la lutte pour la paix en Afghanistan, une paix qui conditionne largement notre propre sécurité.
"La France continuera d'assumer ses responsabilités en faveur d'un Afghanistan démocratique et pacifié et dans la lutte contre le terrorisme", a assuré M. Kouchner.
Première à réagir pour l'opposition, la secrétaire nationale du PCF Marie-Georges Buffet, fermement opposée aux renforts en Afghanistan et à "l'atlantisme" du chef de l'Etat, s'est contentée mardi d'exprimer "l'émotion forte" de son parti après la morts des soldats français.
En revanche, le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, a déclaré : "Nos soldats n'ont pas à se faire tuer pour l'oncle Sam".
Le PS monte au créneau
Le premier secrétaire du PS, François Hollande, a estimé mercredi qu'il fallait "redéfinir la mission" des troupes françaises en Afghanistan, savoir ce qu'elles "vont faire précisément et combien de temps elles vont le faire".
"Dans cette mission, il ne peut pas y avoir que le maintien de l'ordre", a-t-il souligné. "Ce que nous avions, nous, demandé c'est qu'il y ait d'abord priorité à tout ce qui est effort de reconstruction, de redressement de l'Afghanistan et puis surtout d'encadrement et d'accompagnement de l'armée afghane".
"Ceux qui doivent assurer la sécurité des Afghans ce sont les Afghans eux-mêmes, ce n'est pas une opération l'occupation que nous avons à faire" a-t-il souligné.
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