Le dossier politique

22/04/2009
Copé, un équilibriste en Sarkozie

Rien n’entame le moral du président du groupe UMP à l’Assemblée, pas même un sévère couac sur un texte phare… Jean-François Copé a conquis un peu d’autonomie en Sarkozie : une prouesse notable, sous l’"hyperprésidence". En attendant "l’hyper-Parlement" dont il rêve.

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"La balle est tombée du canon du fusil, ça a fait ploc !" Un proche de Jean-François Copé évoque par cette métaphore la tentative de ceux qui furent envoyés par l’Élysée à l’Assemblée, afin de faire de l’ombre au président du groupe UMP. Parmi eux, Christian Estrosi. Le maire de Nice était, pour mémoire, celui qui s’était présenté face au maire de Meaux pour obtenir la tête du groupe.

Quand on demande aujourd’hui à ce sarkozyste de choc de juger les deux premières années de Copé au poste, il reconnaît sa réussite : "Plus un groupe est important, plus il est difficile de trouver des équilibres. Jean-François Copé est un combattant qui n’a pas démérité", confie Christian Estrosi. Il ne manque quand même pas de rappeler que le patron des députés UMP bénéficiera de son soutien… "tant qu’il s’agira de défendre les réformes du Président".

Rapport de forces

Jean-François Copé, inamovible jusqu’à la fin du quinquennat, a su conquérir un peu d’autonomie en "Sarkozie". Même s’il ne se prive jamais de rappeler que le chef de l’État a toujours pu compter sur son engagement dans la mise en œuvre du programme présidentiel.

Son fonctionnement est rôdé : marquant son soutien au gouvernement, il n’oublie jamais de marquer aussi son territoire, en répétant que le temps des "députés godillots" est terminé. "C’est un jeu de rapport de forces", décrypte le député UMP de la Marne Benoist Apparu.

Pour Yves Censi, autre député qui assure la direction du club de Copé, GénérationFrance.fr, "concilier une loyauté au gouvernement avec la liberté des parlementaires est une vraie difficulté". Il est ainsi arrivé à Copé de privilégier la liberté d’expression des députés, quand bien même cela pût déplaire à l’exécutif, comme lors du débat sur la réintégration complète de la France dans l’Otan.

"Avant d’engager ce débat, tout le monde nous avait prédit qu’à l’Assemblée, avec un groupe UMP composé à 70% d’anciens gaullistes, ça allait être un carnage, à tel point que l’exécutif ne souhaitait pas de vote à l’Assemblée, rappelle un proche de Jean-François Copé. Il a obtenu une « forme » de vote [la confiance au gouvernement, pour éviter une question directe sur l’Otan, ndlr]. On a pu laisser s’exprimer tout le monde, même les opposants, comme François Baroin, explique cette même source. Cela a provoqué l’ire présidentielle, mais au résultat, le vote s’est passé sans problème. Qui a eu raison ?"

Méthode

Le président de la République s’est-il fait une raison ? La pratique élyséenne de Nicolas Sarkozy "devait logiquement concourir à une présidence de groupe effacée, analyse le villepiniste François Goulard. C’est tout le contraire : Copé est désormais quelqu’un qui compte, il a réussi à se placer au centre de l’échiquier."

L’UMP Jean-Paul Charié, fort de son septième mandat à l’Assemblée nationale, juge que cette réussite est due au fait "d’avoir su valoriser les motivations d’engagement de chaque député". Jean-François Copé a conquis l’affection des parlementaires – sans donner l’impression de constituer une écurie –, mais ça n’a pas été simple.

"Viré du gouvernement", comme il l’a dit lui-même, il avait conservé l’autorité d’un ministre, et irrité l’orgueil des députés. "Il a pris conscience que manager 320 ego très prononcés n’était pas facile et il s’est montré par la suite moins autoritaire", dit le député de Moselle Alain Marty.

Il a mis de nombreux moyens au service des députés (notes, média trainings, rencontres avec les acteurs de la société civile, etc.) et les a associés plus en amont dans le processus – sa fameuse coproduction législative. "Il fait en sorte qu’on règle les problèmes avant qu’ils n’arrivent en séance, pour éviter le désordre", explique Benoist Apparu.

Couac

Pourtant, le désordre n’a pas manqué de survenir, comme lors du récent rejet du texte "Création et Internet". Mais au groupe, ce faux pas fut moins considéré comme un dysfonctionnement à droite que comme un bon coup des députés PS : "Nous n’avons pas vu le TGV nous arriver dans la figure, confie un proche de Jean-François Copé. Nous aurions pu être 50 dans l’Hémicycle – nous avions des députés en réserve sur les lieux –, le résultat aurait été le même…"

Quand le vote a été déclenché, les collaborateurs de Copé étaient dans l’Hémicycle pour compter les présents et n’ont pas vu les socialistes arriver en nombre. "Tout s’est joué en quarante secondes, c’était imparable", dit l’un deux. Copé a assumé seul ce couac. Les derniers du genre avaient provoqué la fureur de l’exécutif. Preuve que le ton change entre le président de la République et le patron des députés de la majorité : le premier n’a pas appelé directement le second pour lui passer un savon, comme cela avait pu se produire auparavant. Une paix armée ?

"Jean-François a dit sur tous les tons que son calendrier ne le placerait jamais face à Sarkozy", rappelle l’un de ses proches, en allusion à l’ambition déclarée de Copé pour l’élection présidentielle de 2017.