Journaliste et écrivain, Dominique Jamet, fin connaisseur de la vie politique française, s’amuse à dénoncer cette hypocrisie latente qui, depuis plus de deux cents ans, tend à opposer monarchie et République. Avec force arguments et exemples, il s’interroge sur la réelle nature du régime politique né de la Constitution du 4 octobre 1958. Au point de se demander dans quel siècle vivent les Français du XXIe ! En effet, le "G7", qui regroupe les proches ministres du chef de l’État, ne ressemble-t-il pas au Conseil d’en haut de Louis XIV ? Les contre-pouvoirs du Parlement d’Ancien Régime ne sont-ils pas aussi croupions que ceux du Parlement actuel, qui s’est vu amputé de son droit d’amendement donc de "remontrance" ? Que dire de ce tissu de petitesses arrangées que constituait la cour du Roi-Soleil, cour dont l’esprit subsiste dans "l’hôtel borgne et exigu" de l’Élysée ? N’existe-t-il pas une hypocrisie à moquer les baillages, les sénéchaussées, les présidiaux, les généralités, les octrois, quand deux siècles plus tard, la République empile, sous couvert de clarté et de simplicité, les régions, les départements, les pays, les cantons, les communes, les communautés d’agglomération et réinstaure les péages sur les ponts, les autoroutes et bientôt les villes ?
Le ton de Dominique Jamet est léger, mais son propos est lourd de sens. Avec des formules affûtées, il distille quelques vérités sur les travers politiques et sociétaux de la Ve République, comme : "La présomption d’innocence est le principe, la détention préventive la règle." Suggérant qu’il reste encore de nombreuses Bastilles à prendre, il se demande s’"il faut tout changer pour que rien ne change", avec la fatale désillusion que l’on n’a finalement que le régime et le chef d’État que l’on mérite.
Éditions Balland, 160 pages, 18,90 euros.
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Acteurs publics # 62