© AFP Martin Bureau
Dimanche, les vainqueurs avaient l’air beaucoup plus surpris que les vaincus. “C’était attendu”, a ainsi commenté d’un air blasé Patrick Devedjian, en mettant en avant les résultats des derniers scrutins locaux. C’était attendu, certes, mais la progression de la gauche a dépassé “ses meilleures hypothèses”, dixit François Hollande. Rue de Solférino, on tablait sur une progression de dix à quinze sièges. La grosse vingtaine finalement obtenue – de 23 à 26, selon les affectations de certaines étiquettes – a donc eu des airs de divine surprise.
Les mauvais calculs de la droite
La gauche s’est ainsi imposée dans plusieurs fiefs de droite, comme la Côte-d’Or, où trois UMP ont été remplacés par deux socialistes (dont François Rebsamen, lire page 9) et un divers droite. En Ille-et-Vilaine, trois PS et un UMP succèdent à trois UMP et un centriste. En Corrèze, terre chiraquienne, la droite cède ses deux sièges au PS. Des pertes “mécaniques”, en lien avec les derniers scrutins locaux, que la majorité espérait compenser par de bons résultats sur les douze sièges créés à l’occasion de ce renouvellement. Or, la moitié de ces derniers ont été conquis par la gauche. En fait, la droite a réussi à sauver l’essentiel : sa position majoritaire, grâce à la surreprésentation des petites communes rurales qui lui sont traditionnellement favorables. De quoi apporter de l’eau au moulin de l’opposition – en progression régulière, mais vaine, sur les trois derniers renouvellements – qui n’a pas manqué de réclamer à nouveau, dès dimanche soir, une modification du mode de scrutin.
Quel Sénat en 2011 ?
Car en termes de poids politique, les résultats de dimanche n’apportent pas grand-chose à la gauche. Depuis 2004, la droite ne possédait déjà plus la majorité absolue au Sénat, la tendance s’est donc simplement confirmée. Et dans l’hypothèse d’une réunion du Parlement en Congrès, la fameuse majorité des 3/5e nécessaire à l’adoption des révisions constitutionnelles est désormais encore plus compliquée à obtenir qu’elle ne l’était fin juillet. Mais aujourd’hui, voir la gauche devenir majoritaire au Sénat tient toujours de l’hypothèse improbable. Il lui faudrait, pour y parvenir, réussir lors du prochain renouvellement une performance comparable à celle de dimanche, en progressant à nouveau d’une grosse vingtaine de sièges. Or, d’ici septembre 2011, de nouvelles élections régionales et cantonales auront rebattu les cartes et le collège des grands électeurs qui désigne les sénateurs. Et le jeu de la gauche – qui détient par exemple aujourd’hui 20 régions sur 22 – pourrait devenir, dans trois ans, beaucoup moins favorable qu’actuellement. “En 2011, nous pouvons être majoritaires au Sénat, mais c’est peu probable”, a ainsi concédé François Hollande.
Une féminisation à pas comptés
Elles sont dix-huit. Dix-huit femmes qui ont fait leur entrée dimanche au Sénat. Un nouveau contingent qui fait passer les effectifs féminins, puisque trois sortantes ne se représentaient pas, de 60 à 75. Ce qui, en fonction de l’augmentation simultanée du nombre de sièges, permet aux femmes de représenter désormais presque 22 % des élus au Palais du Luxembourg, contre 18 % auparavant. Si la représentation féminine au Sénat devient supérieure à celle de l’Assemblée nationale, elle reste néanmoins bien faible. D’ailleurs, pour protester contre les ratés de la parité, des femmes portant des barbes postiches avaient fait irruption dans l’hémicycle sénatorial dimanche à la mi-journée, pendant les Journées du Patrimoine qui coïncidaient avec les sénatoriales… À noter que, parmi les dix-huit entrantes, seules cinq appartiennent à l’UMP, contre neuf socialistes, une PRG, une sans étiquette et deux communistes. Le groupe communiste devrait d’ailleurs être le seul à incarner réellement la parité, avec autant de femmes que d’hommes dans ses rangs.
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