La vie politique

25/08/2008
Interview
Cohn-Bendit : "Tant que nous ne nous serons pas mis d'accord sur la composition des listes…"
Lors des Journées d'été des Verts, samedi à Toulouse, il a lancé, avec José Bové –et le soutien de Nicolas Hulot–, la dynamique en vue d'un rassemblement de la galaxie écologiste pour les européennes de 2009. Mais il reste prudent. Entretien avec Daniel Cohn-Bendit, député européen, co-président du groupe des Verts/Alliance libre européenne au Parlement européen.

Le socle de propositions sur lequel se bâtirait ce rassemblement écologiste sera-t-il large ?

D'abord l'urgence écologique : la nécessité d'un changement radical de paradigme sur tout ce qui concerne la politique touchant à l'environnement ; deuxièmement : comment développer la solidarité dans une société "du moins" ; troisièmement : l'urgence de transparence dans la démocratie. Le socle commun serait très large !

Quelle pourrait être la proposition majeure applicable au niveau européen?

Pousser la majorité du Parlement européen à repenser le type de croissance, et donc de prendre à bras le corps la nécessité du développement durable.

Le désaccord de fond sur la question européenne avec des personnalités comme José Bové, tel qu'il est apparu lors de la campagne sur le traité constitutionnel de 2005, sera-t-il dépassé?

José a une vision très "mouvementiste" de l'Europe. Je lui ai rappelé le principe de réalité : que l'Europe est un changement fondamental en politique. On passe de deux siècles et demi de développement de l'État-nation à une forme nouvelle qui mettra elle aussi beaucoup de temps à se développer. Comment y arriver ? Il y a des différences : elles ne portent pas sur l'Europe, mais sur les moyens de la faire naître.

José Bové se plierait-il à ce que vous appelez le principe de réalité ? Il appelait ce week-end à ce que l'assemblée élue en 2009 soit une assemblée constituante ?

À partir du moment où l'on veut être député européen, on est obligé d'accepter ce principe de réalité. Le Parlement qui sera élu ne sera pas composé que d'altermondialistes, de Verts, et de socialistes ! Je note que José Bové a repris ce week-end la phrase de Gandhi sur "la beauté du compromis".

Le parti de Corinne Lepage, Cap 21, pourrait-il faire partie de ce rassemblement ?

C'est à Corinne Lepage et à son parti de le décider.

Et le MoDem ?

Non, ce n'est pas possible, car une fois élu, nous voulons nous regrouper au sein du groupe écologiste du Parlement européen.

Pensez-vous avoir changé quelque chose dans la culture des Verts ce week-end à Toulouse ?

Disons que ce qui m'a étonné, c'est que visiblement, les 1 500 militants qui étaient présents dans la salle ont l'envie d'évoluer et d'aller de l'avant. Maintenant, il y a peut-être des cadres qui ont une vision et des agendas différents, mais la base des militants dit let's go !. Ils ont envie de sortir de l'ornière dans laquelle ils se trouvent et de reprendre la place qui est la leur dans le paysage politique français.

Ce rassemblement est pour vous le résultat d'un long combat. Est-ce une satisfaction personnelle ?

Je suis très prudent. Les émotions, c'est une chose. La quadrature du cercle, c'est à la fin. On se mettra d'accord sur la définition du contenu. La fin, ce sont les listes… Tant que nous ne nous serons pas mis d'accords sur la composition des listes, je considérerais que tout peut capoter à tout moment.

Qu'est ce qui vous ferait renoncer ?

Que nous n'arrivions pas à démontrer que l'offre écologique que nous faisons pour cette élection européenne ne fasse pas qu'intégrer les Verts mais les dépasse.

 

Pour aller plus loin : lire l'interview de Noël Mamère.