Après avoir entendu Nicolas Sarkozy souhaiter mercredi que le président de France Télévisions soit à l'avenir nommé par l'exécutif après avis conforme du Conseil supérieur de l'audiovisuel, l’opposition est vent debout contre l’annonce présidentielle. "Je ne vois pas pourquoi l'actionnaire principal de France Télévisions, en l'occurrence l'Etat, ne nommerait pas son président", avait dit le chef de l'Etat, en faisant référence aux entreprises publiques comme EDF, la SNCF ou la RATP.
L'ancien ministre de la Culture Jack Lang a ainsi déploré "une régression. On revient à la période ante-1981".
A l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand, "nous avions souhaité couper autant que possible les liens entre le pouvoir exécutif et les chefs de télévisions et de radios, en faisant nommer les présidents de ces établissements par une autorité aussi indépendante que possible", a-t-il dit.
« Actuellement, a estimé le député socialiste, il n'y a pas une immixtion directe du pouvoir dans les médias, les chemins sont beaucoup plus subtils, Mais il n'est pas impossible que derrière toutes ces réformes il y ait la volonté d'une double mainmise: mainmise via le service public (...) et mainmise à travers des amis du pouvoir ici ou là dans les chaînes privées »
Propagande
Arnaud Montebourg n’est pas en reste, puisqu’il a dénoncé la "propagande du pouvoir, l'utilisation des médias comme arme de guerre. Lorsque vous menez une politique très impopulaire, vous utilisez les médias pour habiller votre politique et c'est exactement ce que fait le pouvoir depuis qu'il contrôle de plus en plus fortement les médias et mène une politique de plus en plus impopulaire"
Pour le député de Saone-et-Loire, "Moins il y a de service public fort, plus ça arrange les libéraux qui vont donc maintenant, parce que c'est ça la véritable arrière-pensée, distribuer l'argent de la publicité à leurs amis, c'est-à-dire Bouygues", le groupe propriétaire de TF1 dont le patron Martin Bouygues est réputé proche du président Sarkozy.
Même son de cloche chez François Bayrou. "Tout ceci serait impossible dans des démocraties de plein exercice. On a rarement vu un plan aussi déterminé de mise sous contrôle de la télévision", s’est insurgé le président du MoDem.
"Le service public devient directement dépendant de l'Etat: son patron va être nommé par le pouvoir, et ses financements dépendront chaque année du bon vouloir des gouvernants. Dans le même temps, les chaînes privées reçoivent la manne publicitaire qui se portait autrefois sur le service public, et pour leur permettre d'améliorer leur bilan, on leur offre la possibilité d'une deuxième coupure, qui double le temps de publicité le plus lucratif", a ajouté le député des Pyrénées-Atlantiques.
"C'est le consommateur" qui va payer tout cela "au travers de ses communications téléphoniques et des services internet", a jugé l'ancien candidat à l'Elysée.
Bruxelles est mécontent, les opérateurs télécoms aussi
La politique publicitaire prévue par le chef de l’Etat pour la télévision publique suscite aussi de fortes oppositions, notamment de Bruxelles.
En annonçant mercredi la fin de la publicité à la télévision publique après 20H00 dès 2009 et totale à partir de décembre 2011, et en proposant de compenser la manque à gagner publicitaire par une taxe de 0,9% sur les opérateurs de téléphonie et d'internet, Nicolas Sarkozy s’est attiré les foudres de la Commission Européenne. Pour Viviane Reding, la Commissaire en charge des télécommunications, cette décision est incompréhensible, et va contre le travail de la Commission pour baisser le coût des abonnements aux fournisseurs d’accès Internet.
Chez les opérateurs, l’annonce présidentielle est évidemment mal reçue. La Fédération française des télécoms, qui regroupe les opérateurs, a aussitôt qualifié cette taxe de "contre-productive" et d'"illégale". Les opérateurs "seront inéluctablement amenés à reporter tout ou partie de cette taxe sur la facture de leurs clients", a-t-elle prévenu.
La contestation gagne... le gouvernement
Dernière opposition en date, celle du secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet. Lors d'un passage sur Canal +, il a dit ne pas aimer l'idée de faire nommer le président de France Télévisions par l'exécutif, y trouvant "un parfum Ve République du début".
"Je crois qu'il est normal que le président de France Télévisions soit désigné par un actionnaire mais je trouve qu'il est normal aussi qu'il y ait un contrôle par le Parlement. Je préfèrerais qu'il soit désigné par le Parlement, pour être clair", a expliqué le secrétaire d'Etat.
"Aujourd'hui il l'est par le CSA. Je n'ai jamais vu, à une ou deux exceptions près, que ça ait amené beaucoup plus d'indépendance", a-t-il noté.
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