Le 21 avril 1998, Lionel Jospin parlait du Sénat comme d’une "anomalie démocratique". Dix ans plus tard, l’"anomalie" est au centre des débats. Débats constitutionnels, puisque les socialistes ont fait de la refonte du scrutin des sénatoriales une condition préalable sur la réforme des institutions. Débats électoraux ensuite, puisque le renouvellement de cette année, qui vient d’être fixé au 21 septembre, devrait voir les lignes bouger très sensiblement en faveur de la gauche, grande triomphatrice des dernières élections locales. À l’UMP comme au PS, l’échéance est donc préparée avec soin. Les deux partis sont en effet détenteurs de 85 – 56 UMP et 29 socialistes – des 102 sièges de la série A remis en jeu en septembre. Et lorgnent sur les douze nouvellement créés.
LE JEU DES DÉSIGNATIONS
Rue La Boétie comme rue de Solférino, on est actuellement très occupé par le processus de désignation des candidats. Côté UMP, la commission d’investiture – présidée par Jean-Claude Gaudin, sous le regard vigilant d’Alain Marleix – a entamé le 19 mai un cycle de réunions hebdomadaires dédiées aux sénatoriales, cycle qui s’achèvera début juillet, quelques jours après la désignation des délégués des conseils municipaux. Le Gard, l’Ariège, l’Aude, la Haute-Garonne et le Gers étaient au menu de cette première réunion, la commission devant achever son tour d’horizon par la question toujours délicate de la représentation des Français de l’étranger (quatre sièges remis en jeu) qui intéresserait notamment, dit-on, Dominique Paillé...
Côté socialiste, Bruno Le Roux, secrétaire national aux élections, devait réunir ce mercredi une première commission électorale pour faire le point sur le processus en cours. Ce sont en effet les militants qui désignent les candidats dans chaque département concerné, sachant que la ratification des désignations interviendra le 1er juillet. Depuis le mois d’octobre, chaque fédération a "toute latitude", explique Bruno Le Roux, pour faire ses choix. "Il y a des départements ruraux qui ont désigné leurs candidats très tôt pour qu’il puisse y avoir une campagne de terrain. Et là où ça se joue à la proportionnelle, la plupart ont préféré attendre les résultats des municipales." Les très bons résultats locaux du PS, renforçant ses chances de victoire dans certains cas, ont ainsi suscité beaucoup d’intérêt. En sachant que l’exigence de parité pour les sièges pourvus à la proportionnelle vient encore compliquer la donne. "On se l’est imposée aussi pour le scrutin majoritaire", précise Bruno Le Roux, qui ajoute que "là où des sénateurs ne se représentent pas, on a demandé à ce que soient désignés des femmes ou des nouveaux élus représentant la diversité". À l’UMP, où une quinzaine de sénateurs sont sur le départ, les efforts semblent plus mesurés. Le premier critère, c’est "l’efficacité électorale"…
L’HEURE DES CALCULS
Une efficacité que les deux camps ont d’ores et déjà tenté de mesurer. Rue La Boétie, la prudence règne au moment d’évoquer ce qui peut être perdu ou gagné, d’un point de vue géographique, car "cela peut modifier les stratégies adverses". "On peut penser que l’UMP conservera le même nombre de sénateurs, en tenant compte des créations de sièges", estime cependant ce cadre, ce qui implique que les douze nouveaux sièges (lire page 9) soumis au prochain scrutin sont ciblés par le parti majoritaire. Par ailleurs, le facteur aléatoire est aussi pris en compte : "Une dissidence dans un département qui se joue à la proportionnelle peut tout bouleverser, dans un camp comme dans l’autre. Il peut y avoir quelques sièges très indécis qui se baladent…" Et de citer l’Ille-et-Vilaine, où un candidat PRG pourrait venir concurrencer celui du PS. Côté socialiste justement, on a tablé, dès le lendemain des dernières élections locales, sur un gain potentiel de dix sièges, précisément localisés. "Quand je vois par exemple l’Ain, note Bruno Le Roux, avec le conseil général et la ville de Bourg-en-Bresse qui ont basculé à gauche, cela devrait ouvrir quelques perspectives".
COMBAT D’AVENIR
Des prévisions plutôt réjouissantes, qui ne satisfont pourtant pas le secrétaire national aux élections : "Pour la quatrième fois consécutive, le groupe socialiste va progresser, mais sans pour autant avoir la majorité, alors que l’on représente justement la majorité des territoires et de la population en termes de collectivités locales". La proposition de loi relative aux conditions de l’élection des sénateurs, déposée par le président du groupe PS au Sénat, Jean-Pierre Bel, et qui sera examinée au Sénat le 4 juin, a reçu, selon ce dernier, l’accueil favorable du rapporteur, le sénateur du Nord (UMP) Jean-René Lecerf. Jean-Pierre Bel évoque des "négociations" : "De toute évidence, un dialogue constructif s’est engagé", tempère-t-il. Le sénateur UMP Christian Cointat, qui a assisté à l’audition, précise : "Jean-Pierre Bel n’avait en face de lui que les sénateurs de la majorité, qui sont d’accord avec le fait que le collège électoral, qui surreprésente les communes, doit être changé. Même si nous sommes beaucoup, dans le groupe, à être prêts à engager cette discussion, l’enthousiasme n’est pas général, loin de là, car la légitimité du Sénat n’est pas encore en cause. Quant à son avenir..."
Du nouveau dans la course au "plateau"
Le fauteuil que Christian Poncelet occupe depuis dix ans – alors qu’il avait promis de n’effectuer que deux mandats de trois ans – suscite de nouvelles convoitises. Les deux candidats les plus actifs restent Jean-Pierre Raffarin et son ancien ministre du travail, Gérard Larcher. Un appel pour un "Nouvel élan pour le Sénat" a été lancé, à l’initiative de plusieurs sénateurs de la majorité (UMP et UC-UDF) : Jean Arthuis, Hubert Haenel, Alain Lambert, Dominique Leclerc et Philippe Marini. Selon ce dernier, le but, en ce qui concerne l’élection du président de la Haute Assemblée, est d’"éviter les démarches trop individuelles". "L’élection sera faite pour et par les sénateurs. Les attitudes ou postures extérieures ne sont pas la façon la plus pertinente de procéder", ajoute le sénateur de l’Oise, qui prévient qu’il peut y avoir "d’autres candidatures". Le candidat que choisira l’UMP devra en effet être encore plus consensuel que d’habitude, car il ne sera pas élu par son seul groupe : l’avance dont disposait l’UMP, avec 155 sièges sur 331, va être réduite lors du prochain scrutin. Les cinq sénateurs ont réuni près de soixante-dix députés à une réunion de travail pour, notamment, repenser la gouvernance du Sénat et la rendre "exemplaire".
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