C’est la phrase clé des Journées d’été des Verts, prononcée le week-end dernier à Toulouse par la secrétaire nationale, Cécile Duflot : “Les Verts sont d’accord pour participer à ce rassemblement et ne pas dire qu’ils en sont les chefs.” Et d’ajouter que le projet de Daniel Cohn-Bendit serait approuvé – elle en a la "quasi-certitude" – lors du prochain CNIR des 13 et 14 septembre. “Pour quelqu’un dont le slogan était il y a deux ans « Fiers d’être Verts », c’est une belle évolution”, sourit la députée de Paris Martine Billard, selon laquelle “une proposition qui offre aux Verts de s’ouvrir à nouveau vers l’extérieur ne pouvait que les séduire.”
AVEC QUI ?
Quitte à admettre, comme le dit Daniel Cohn-Bendit, de voir le parti être "dépassé". "Les Verts doivent accepter qu’ils ne sont pas les seuls à pouvoir représenter l’écologie. C’est la réalité des urnes", avance le député de Loire-Atlantique François de Rugy, en rappelant la déroute subie par Dominique Voynet lors de la dernière élection présidentielle (1,57 %). Le principe du rassemblement est donc acquis. “Mais il faut savoir, selon la porte-parole Anne Souyris, comment on fait pour consolider ce pôle potentiel et jusqu’où il va : ancré à gauche, centriste… Pour mettre l’écologie au centre du jeu, il faut se positionner sur l’échiquier politique. Cela va être un vrai débat de fonds.” D’ores et déjà, un rapprochement avec le MoDem, évoqué par exemple par Jean-Paul Besset, proche de Nicolas Hulot, est jugé impossible par le plus grand nombre. Ce qui rend de fait très délicat une association avec Cap21 et Corinne Lepage, désormais associés au parti de François Bayrou. Quant à la question des têtes de listes – qui devrait être définitivement tranchée après le congrès des Verts en fin d’année –, elle n’inquiète pas François de Rugy : “Il doit être possible de faire en sorte que Cohn-Bendit soit tête de liste, par exemple en Île-de-France, et que Bové soit tête de liste, par exemple dans le Sud-Ouest. Et il restera quatre têtes de listes pour les Verts et la fondation Hulot”…
QUELLES IDÉES ?
Autre gageure : s’entendre sur les idées, pas forcément une mince affaire, tant la question européenne a pu, par exemple, opposer José Bové à Daniel Cohn-Bendit il y a trois ans. Le leader altermondialiste n’a pas éludé la question à Toulouse, se montrant très consensuel comme pour prouver que le projet pour 2009 dépassait les divergences de 2005… “Les personnalités qui contribueront à construire l’architecture de cette alliance seront une indication sur notre projet”, explique Noël Mamère, selon lequel “il faudrait mettre en œuvre une sorte de grand arc de ce que l’on pourrait appeler la décroissance solidaire.” Certains, comme Dominique Voynet, qui réclame des précisions, ou Martine Billard, qui s’inquiète que “les choses ne soient pas très claires sur la question de l’Europe sociale”, affichent encore quelques réticences. “À partir du moment où il y a un élan, il est plus facile de régler les questions de positionnement. On est capable de faire vivre les sensibilités différentes en les mariant”, leur répond François de Rugy, qui pense que ce mouvement de rassemblement peut aller “au-delà des européennes”.
JUSQU’OÙ ?
“La sensibilisation à l’écologie est faite, il reste un potentiel d’action à développer”, estime sur le sujet Anne Souyris, selon laquelle "les européennes sont un tournant très important car elles commencent la séquence électorale des trois ans à venir.” Or, le tournant est délicat à négocier, car “il est très difficile de savoir comment vont s’écrire politiquement les choses d’ici à 2012”. Initiateur du projet, Daniel Cohn-Bendit se concentre d’ailleurs exclusivement sur l’échéance électorale. Quant à François de Rugy, il évoque deux scénarios possibles en cas d’alliance réussie et de succès en juin 2009. “Soit les Verts recueilleront tous ceux qui voudront s’engager, soit les têtes d’affiche de l’alliance diront qu’il faut constituer une nouvelle formation politique et je fais partie de ceux qui sont disponibles pour cela.” Des lendemains chantants sur lesquels le député de Loire-Atlantique ne veut, pour l’heure, pas trop s’attarder : “Si on réussit les européennes, cela nous permettra d’autres choses. Mais cela ne garantira rien et surtout, il n’y a aucune obligation”…
Le PS, observateur attentif…
Alors que les Verts et le PS n’ont pas réussi à conclure le moindre accord pour les prochaines élections sénatoriales, la rue de Solférino regarde d’un œil vigilant le processus dans lequel semble s’engager le parti dirigé par Cécile Duflot. “L’idée que les Verts souhaitent partir aux élections européennes dans le cadre d’une stratégie de la gauche ne nous pose aucun problème”, a ainsi affirmé Stéphane Le Foll, en précisant que le PS restait “disponible pour poursuivre le dialogue”. Quant à Éric Loiselet, fondateur du pôle écologique du PS, il dit “regarder cette initiative avec intérêt et amitié”, estimant que “si les Verts arrivent à sortir de leur ghetto en s’ouvrant à d’autres composantes, on ne peut que s’en réjouir”. Une appréciation à double tranchant, comme la sentence suivante sur l’avenir des relations entre les deux partis : “On est dans une logique de « coopétition », c’est-à-dire à la fois de coopération et de compétition”…
Pour aller plus loin, lire l'interview de Daniel Cohn-Bendit
Mais aussi L'autre appel de Yann Wehrling
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