Le marché, couplé à la technoscience, posséderait-il la capacité de s’adapter à tous les défis et serait-il par essence capable de résoudre et de dépasser les problèmes qu’il a engendrés ?
Pour Bertrand Méheust, philosophe et spécialiste de psychisme sociétal, la catastrophe écologique aura lieu – même s’il espère se tromper – malgré tous les efforts déployés par l’Homme pour l’empêcher. Une vision pessimiste fondée sur un axiome simple : "Un univers mental ne renonce jamais à persévérer dans son être si des forces extérieures ne l’y contraignent pas." Or nos sociétés, baignées dans un confort sans précédent auquel elles ne semblent pas prêtes à renoncer, confort nourri par la consommation de masse, fonctionnent jusqu’à saturation. Revenir en arrière ? Sauf à s’appeler Michel Serres, tout empreint d’un "humanisme volontaire", Méheust juge cette voie illusoire, dans un monde où le libéralisme démocratique, pratiqué aux quatre coins de la planète, semble être devenu le seul horizon depuis la fin du communisme. Terrible revers de la démocratie libérale, porteur comme le nazisme d’un extrémisme, mais d’un extrémisme sournois, aux conséquences insoupçonnées. "Le libéralisme, né d’une conception pessimiste de l’homme, va inexorablement conduire à la guerre, qu’il prétendait éviter, entre les individus, lorsqu’il faudra se battre pour les ressources", pointe l’auteur.
Tout en reculant les échéances, nos gouvernants cherchent à concilier l’incompatible par un recours abusif à l’oxymore. Champion de cet abus de langage : Nicolas Sarkozy. Ainsi, le Grenelle de l’environnement viendrait simplement compenser l’apologie par le Président du libéralisme et de la consommation. Un artifice de vocabulaire qui favorise la "déstructuration des esprits et devien[nen]t [un] outil[s] de mensonge". Pour recréer des espèces et de la vie, il faudrait d’abord "décontaminer les esprits". Trop tard ?
La Découverte, 168 pages, 12 euros.
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