© AFP/Archives Jean Ayissi
Une mise en retrait, puis une offensive au Zénith... Fidèle à son style, Ségolène Royal ne fera rien comme ses rivaux pour tenter de s’emparer du PS. Certaine d’être toujours la plus populaire auprès de la base militante, elle veut ratisser large pour séduire à nouveau dans les urnes socialistes.
Pour en savoir plus :
L'interview de Jean-Louis Bianco
Pourquoi Royal les exaspère
En ne faisant plus de sa candidature un “préalable” à la constitution d’une majorité au congrès de Reims, en faisant ainsi le choix de l’anti-présidentialisation des débats, Ségolène Royal a choisi de naviguer à contre-courant de Bertrand Delanoë, mais aussi de… la Ségolène Royal du début d’année, première à se placer sur la ligne de départ pour la course rémoise. Mais – et l’argumentaire a été répété à l’envi par son entourage –, ce revirement n’a rien à voir selon elle avec un aveu de faiblesse. “Elle a simplement su entendre ce qui remonte de partout dans les sections socialistes, où tout le monde en a marre des questions de personnes”, explique-t-on dans son entourage. Et ce virage sur l’aile a trouvé ses thématiques, défendues lors du conseil national du 23 septembre : le Parti socialiste doit être redynamisé, renouvelé et bénéficier d’un fonctionnement démocratique rénové.
Désirs de votes
Des thématiques très symboliques tant le Parti socialiste, justement, apparaît aujourd’hui comme un problème pour Ségolène Royal, certainement pas en mesure de séduire les urnes socialistes aussi facilement qu’à l’automne 2006, au moment de la triomphale primaire d’avant-présidentielle. Pourtant, ses supporters – qui disent “ne pas croire une seule seconde” les récents sondages défavorables à leur favorite – n’en démordent pas : Ségolène reste la plus populaire dans la base militante. “Le seul chiffre que l’on regarde, c’est celui des signataires des contributions, explique ainsi Najat Belkacem, jeune élue lyonnaise qui fut la porte-parole de Ségolène Royal durant la campagne présidentielle, et qui est venue défendre sa motion devant le conseil national du PS. Malgré notre difficulté à mailler le territoire parce que nous ne sommes pas un courant structuré, on représente 43 % du total, sans l’apport de la « Ligne claire » (ndlr : la contribution de “grands élus locaux”, menée notamment par le maire de Lyon, Gérard Collomb).” Et de poursuivre : “Notre défi, c’est de transformer cette mobilisation en un vote des militants en notre faveur le 6 novembre. Si on arrive à faire coller les chiffres à la réalité, normalement, on n’est pas inquiétés, on sera loin devant.” Un défi très compliqué à relever tant les royalistes – même si Jean-Louis Bianco estime que “les militants de Désirs d’avenir sont très bien intégrés dans les fédérations” (lire page 10) – restent d’un poids tout relatif au sein de l’appareil socialiste, au regard de l’organisation ultra rodée des écuries historiques.
La voie Royal
La présidente de la région Poitou-Charentes s’est en effet toujours montrée réticente, malgré l’insistance de certains proches, à la formation d’un courant, et ses soutiens en avaient d’ailleurs souffert lors des dernières élections locales, au moment de la distribution des rôles. Aujourd’hui encore, ses adversaires ne donnent pas cher de sa peau, ce proche de François Hollande expliquant par exemple que “si elle fait 20 % à Reims, c’est le bout du monde”... Alors, pour tenter de renverser la tendance et faire en sorte qu’un maximum de militants – et pas seulement ceux habitués à se prononcer en fonction de consignes de courants – se rendent aux urnes, Ségolène Royal a d’abord voulu frapper les esprits avec son très surprenant et très commenté meeting du Zénith. Celui-ci, explique-t-on dans son entourage, “était aussi une opération de communication en direction des adhérents”. Une communication qui va se poursuivre dans les semaines qui viennent, via différents déplacements sur le terrain de l’ancienne candidate à la présidentielle. “Un travail de fourmi, explique un proche de Royal, qui donne de bons résultats. À chaque réunion, nous parvenons à rallier à notre motion une vingtaine d’indécis.”
Quelle alliance possible ?
Même si elle se démène pour ratisser le plus large possible, Ségolène Royal sait parfaitement qu’elle peut ressortir affaiblie du congrès. C’est d’ailleurs pour cela que certains de ses partisans ne présentent plus désormais le rendez-vous rémois que comme une étape – non décisive – sur le chemin de 2012. Quoi qu’il en soit, deux options s’offriront à elle lorsque seront connus les scores des différentes motions : rejoindre une majorité… ou pas. Au regard de la liste des signataires de sa motion, Julien Dray – candidat réaffirmé au poste de Premier secrétaire –, François Rebsamen et quelques élus de la “Ligne claire” peuvent jouer les relais en direction de l’attelage Delanoë-Hollande, rejoint par Pierre Moscovici, longtemps hésitant entre les deux camps. Mais comme le souligne Najat Belkacem, “Ségolène Royal ne veut pas donner l’impression de perdre son âme pour gagner des voix ou une majorité. Je la connais, elle est jusqu’au-boutiste, elle préférera rester minoritaire plutôt que de composer ou de former une alliance des contraires”…
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