
Si, à l’image d’un Bernard Kouchner, l’ancien ministre de François Mitterrand a joué les francs-tireurs depuis la défaite socialiste de 2007 et l’absence de leadership qui s’en est suivi, jamais il n’avait sauté le pas vers l’autre rive.
Seule son appartenance à la Commission Balladur sur la réforme des Institutions lui avait été –modérément- reprochée.
C’est justement au nom de cette appartenance que l’ancien maire de Blois a jugé cohérent de voter pour la réforme. Une victoire plus large de la droite n’aurait sans doute pas mis Jack Lang dans la ligne de mire, comme le prouve d’ailleurs l’absence de réaction de ses camarades lorsqu’il annonça qu’il voterait positivement à Versailles.
Mais cette victoire étriquée, à une voix près, prive rétrospectivement le PS d’une spectaculaire mise en échec présidentielle. Cette fameuse voix, certains au PS considèrent désormais que c’est celle de Jack Lang.
Julien Dray : " Il n'a plus sa place dans notre famille"
Le numéro un du PS François Hollande affirme ainsi qu'il revient à Jack Lang de "tirer toutes les conclusions" de son vote. "Sa voix n'était pas nécessaire. Raison de plus pour qu'il ne l'apporte pas. Il s'est démarqué seul de son groupe, de son parti. Je crois qu'il a pris une grande responsabilité. Ce n'est pas lui qui a fait passer la réforme, mais il s'est quand même placé depuis plusieurs mois dans une position qui n'était pas celle de son parti".
Pour autant, le Premier secrétaire ne semble pas envisager une exclusion : [Jack Lang] "doit maintenant prendre conscience de ce qu'il a fait et en tirer toutes les conclusions sur le plan moral".
D’autres ont la dent plus dure. Le président du groupe PS à l’Assemblée, Jean-Marc Ayrault, ne ménage pas le député du Pas-de-Calais : "Jack Lang aura au moins eu le mérite d'avoir contribué à une victoire à une voix de M. Sarkozy". Julien Dray est encore plus explicite, et fustige "celui qui a pris la responsabilité d'être l'ultime roue de secours de la majorité sur ce vote."
le porte-parole du PS a été encore plus virulent ce matin sur LCI : "Il n'a plus sa place dans notre famille. La moindre des choses, le respect que Jack Lang doit à ce parti auquel il a
contribué, c'est de dire je vis ma vie, vivez la vôtre de votre côté".
L’attaque la plus féroce vient de Ségolène Royal: "Une seule voix a fait la différence: pourra-t-on en connaître le prix ? Les démocrates, eux, en supporteront le coût. Comme disait François Mitterrand, sur le chemin de la trahison, il n'y a que le fleuve de la honte à traverser", a tonné Mme Royal, sans nommer celui qui était son conseiller spécial durant la campagne électorale. "A l'avenir, ce type de manquement à la probité politique ne sera plus admis au Parti Socialiste", ajoute Mme Royal qui brigue le poste de Premier secrétaire du PS.
La droite à la rescousse de Jack Lang
Mais le baiser qui tue vient de la droite. Après avoir salué " l’honnêteté intellectuelle "de Jack Lang, l'UMP a dénoncé mardi une "chasse à l'homme" contre Jack Lang.
Pas sûr que le vice-président de la Commission Balladur apprécie à sa juste valeur le coup de main…
La question de la permanence au PS de Jack Lang se pose-t-elle ? Sans doute pas. Jean-Luc Mélenchon a très vite expliqué que ceux qui avaient dépassé par la gauche le PS lors du référendum sur l’Europe n’avaient pas été exclus, aussi un dépassement par la droite ne devrait pas faire l’objet d’un traitement différent. De l’art de désamorcer les conflits…
Mais c’est surtout la prudence de sioux de François Hollande, qui se refuse jusqu’à prononcer le mot de sanction, qui devrait rassurer le franc-tireur. A quatre mois de son congrès, le PS ne veut sans doute pas prendre le risque de se déchirer à cause de celui de Versailles.
DRF
Lire aussi : Jack Lang votera la révision constitutionnelle [1]
Links:
[1] http://www.professionpolitique.info/article/21-07-08/jack-lang-votera-la-revision-constitutionnelle